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AMÉNAGEMENT DU TERRITOIRE
Data 4, un campus qui n'en finit pas de grossir

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187 p 5 Photo DATA4 WHERE THE CLOUD MEETS THE GROUNDÀ Marcoussis, dans l’Essonne, le campus Data 4 voit toujours plus grand. Aux neuf data centers déjà existants devraient se rajouter trois nouveaux complexes. Une telle concentration « en plein champ » révèle le manque d’ambition politique dans la planification urbaine et énergétique de l’agglomération Paris-Saclay.

Installé sur le site de l’ancien établissement d’Alcatel, dont plus des deux tiers sont occupés par une forêt classée, le plus grand centre de traitement et de stockage des données numériques d’Europe veut encore poursuivre son extension. Une enquête publique doit faire évoluer le PLU de la commune de Marcoussis pour permettre de supprimer un espace boisé classé (EBC) de 5,7 hectares, avec l’accord de la communauté d’agglomération Paris-Saclay.

Les impacts des data centers sur le territoire élargi de Paris-Saclay ont fait l’objet d’une récente étude de l’ADEME[1]. L’impact environnemental (imperméabilisation des sols, rupture des continuités écologiques, anthropisation des milieux…) et paysager du Data 4 est particulièrement négatif.

Chaleur fatale

De façon générale, les data centers sont aussi très gourmands en énergie (voir encadré). Entre un tiers et la moitié de leur consommation énergétique sert au refroidissement des éléments électroniques qui fonctionnent sans interruption et chauffent fortement. Cette consommation massive pourrait être contrebalancée par des systèmes de récupération d'énergie. Mais leur implantation sur un territoire aussi peu dense ne permet pas de favoriser les échanges de chaleur et les solidarités énergétiques. À Paris, par exemple, un data center est installé dans les sous-sols d’une piscine et la chaleur qu'il dégage sert à chauffer l'eau du bassin.

Tout comme les entrepôts logistiques, ces fermes de serveurs installées « au milieu des champs » emploient peu, alors qu’elles occupent un foncier important. On estime que les data centers fournissent en moyenne un emploi temps plein pour 10 000 m2 contre une cinquantaine d’emplois temps plein, en moyenne, pour la même surface occupée par d’autres secteurs d’activités[2].

À l’heure où de nombreux territoires essaient de densifier et de diversifier leurs zones d’activités, de les reconnecter à leurs tissus bâtis, d’en faire évoluer les bâtiments obsolètes, les data centers pourraient être un vecteur de transformation positif pour la transition énergétique et la lutte contre le changement climatique. Mais cela impliquerait de revoir leur architecture, leur intégration spatiale et environnementale, mais aussi de planifier, anticiper, guider leurs logiques d’implantation. Bref, d’avoir un minimum d’ambition politique pour rendre ces data centers plus acceptables !

À quoi ça sert de faire un Plan climat, air, énergie territorial (PCAET) si on continue à reproduire un modèle qui n’est plus pertinent au regard de la lutte contre le changement climatique ?

Catherine GIOBELLINA
Administratrice d’Essonne Nature Environnement
ene91.fr

Les chiffres des data centers franciliens :
- Un seul data center peut engloutir jusqu'à 20 MW, l'équivalent d'une ville de 20 000 habitants.
- Les quarante-deux complexes franciliens consomment actuellement 210 mégawatts (MW).
- Leur consommation passerait de 210 MW actuellement à 670 MW en 2020-2025, soit la consommation d'une ville de 600 000 habitants.
- Un réel problème pour une région qui importe déjà plus de 90 % de l'électricité qu'elle consomme. (Source DRIEE)

 

[1] L’impact spatial et énergétique des data centers – février 2019.

[2] Sources Agence locale de l’énergie et du climat de Plaine Commune.

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