En poursuivant votre navigation, vous acceptez l’utilisation de cookies

Lors de la réunion publique du 9 octobre dernier sur le projet de Terminal 4 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, 34 militants ont remis au préfet d'Ile de France une lettre ouverte au Président de la République...

______

Monsieur le Président de la République,

nous vous demandons l’abandon du projet d’extension de l’aéroport de Roissy (Terminal 4) au
nom de l’urgence climatique.


Lors de votre discours du 24 septembre 2019 à l’assemblée générale de l’ONU, vous avez déclaré
qu’il fallait « remettre en cohérence nos agendas et nos actions » et qu’il fallait « que les grands
pays de ce monde arrêtent de financer de nouvelles installations polluantes dans les pays en voie
de développement. » Vous avez également déclaré vouloir mener « cet agenda de réconciliation »
en France et en Europe.


En toute cohérence, cette ligne est également celle de votre gouvernement. Comme l’a déclaré
votre secrétaire d’Etat Brune Poirson, représentante de la France lors de la COP 24 à Katowice, «
les scénarios du GIEC sont connus de tous. Nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire
d’émissions pour survivre. [...] Ce diagnostic nous l’avons tous reconnu en signant l’Accord de
Paris. Il nous incombe donc d’être cohérents, c’est-à-dire d’agir en conséquence à tous les
niveaux. »


Cette cohérence est en effet essentielle. Elle est même la condition de la confiance des citoyens
dans l’action politique. Et c’est cet agenda de cohérence entre les mots et les actes que nous
appelons de nos voeux dans le domaine du transport aérien aujourd’hui.
Vous avez mis en place le Haut Conseil pour le Climat. Ce dernier a également mis en avant
l’exigence de cohérence dans son rapport 2019. Selon ce rapport, « l’objectif de neutralité carbone
en 2050 visé par la stratégie nationale bas-carbone révisée est cohérent avec les objectifs de
l’accord de Paris et les dernières connaissances scientifiques, mais il ne couvre pas l’entière
responsabilité de la France car les émissions liées aux transports aériens et maritimes
internationaux et aux importations ne sont pas incluses ».


Le transport aérien illustre en effet pleinement ce mur de l’incohérence auquel nos responsables
politiques se heurtent trop souvent. Et le projet de terminal 4 à Roissy porté par le groupe ADP est
plus encore archétypal. Selon les chiffres d’ADP, le terminal 4 pourrait générer une hausse de
trafic aérien de 38% d’ici 2037, avec 500 avions de plus par jour (au total 1 800 vols quotidiens) et
40 millions de passagers de plus par an. Soit la capacité de l’aéroport d’Orly ajoutée à celle de
Roissy ! Ce trafic accru ajouterait 12 Mt d’équivalent CO2 aux émissions annuelles de la France
d’ici 2037. Or, pour atteindre l’objectif de neutralité carbone que s’est fixé le pays pour 2050, il ne
faudra pas émettre plus de 100 Mt d’équivalent CO2 en 2037. A cette date, le trafic lié au terminal
4 représenterait donc à lui seul 12 % des émissions autorisées pour la France, et le trafic total de
Roissy environ 35% (*).


Enfin, la Commission Nationale du Débat Public, reléguée au rôle ingrat de simple garant de la
concertation préalable menée par le groupe ADP - par un artifice juridique dénoncé par sa
présidente Chantal Jouanno (**) -, n’a pas manqué de noter dans son bilan de la concertation qu’«
il conviendrait que l’État précise comment l’évolution du trafic s’insère dans le cadre des
engagements internationaux de la France dans la lutte contre les changements climatiques.»


A notre connaissance, aucune réponse satisfaisante n’a été fournie à ce questionnement. La
contribution de la DGAC datant de juillet 2019 (***) invoque une taxe trop faible pour qu’elle
infléchisse la croissance du trafic de manière significative et renvoie à une logique de
compensation carbone dont la pertinence pour réduire l’impact climatique de l’aérien n’est
aujourd’hui pas démontrée. En effet, selon une enquête réalisée pour la Commission européenne,
85% des projets de compensation analysés avaient une faible probabilité de remplir les critères
attendus en matière de réduction d’émissions (****). La croissance des émissions de gaz à effet de
serre du transport aérien n’est pas compatible avec les objectifs de l’accord de Paris sur le climat
(*****).


Dès lors, il ne fait aucun doute que le projet de terminal 4 à Roissy Charles de Gaulle n’est pas
cohérent avec les engagements de la France. C’est pourquoi nous demandons instamment que
l’Etat, au nom de la cohérence climatique, s’oppose à cette extension aéroportuaire.
Alors que l’urgence climatique se fait plus pressante, il faudrait même aujourd’hui amorcer la
décroissance du transport aérien en s'appuyant sur une fiscalité incitative permettant également de
financer des alternatives, et en premier lieu les trains, de jour comme de nuit. Longtemps négligés,
ces derniers peuvent permettre, sans grands travaux, de connecter l'Europe sur des distances
pouvant atteindre 1500 km, ce qui couvre une large part des destinations aériennes.


Avec nos très respectueuses salutations,


Associations signataires : Advocnar, Non au T4, Réseau Action Climat, Fnaut, France Nature
Environnement, France Nature Environnement IDF, Amis de la Terre, Stay Grounded, Oui au train
de nuit, Alofa Tuvalu, TaCa Agir pour le climat, Alternatiba ANV-COP21 Paris.

Submit to FacebookSubmit to Google PlusSubmit to Twitter